Bonsoir mes z'amis ... j'espère que vous avez passé un bon week-end ...
Ce soir, je délaisse temporairement mes photos du Vietnam pour vous parler d'un film que je n'avais pas eu l'occasion de voir en salle lors de sa sortie en Octobre 2010. Samedi soir, je l'ai regardé dans l'intimité ...
La première séquence de Vénus noire donne la mesure de la violence et de la force tellurique du film
d'Abdellatif Kechiche.
Dans un amphithéâtre, un homme exhibe à d'autres hommes le sexe d'une femme. Ce geste pornographique est le fait d'une figure du panthéon français, le naturaliste Georges Cuvier (François Marthouret). Il montre les organes génitaux qu'il a détachés d'un cadavre féminin. La lumière crue qui inonde l'amphithéâtre souligne l'obscénité du vocabulaire zoologique appliqué à un être humain.
Abdellatif Kechiche s'apprête à raconter l'histoire de l'être qui habita ce cadavre, la "Vénus hottentote". Originaire de la colonie du Cap, aujourd'hui province de l'Afrique du Sud, Saartjie Baartman, jeune femme d'ethnie khoisan, fut exhibée en Europe de 1810 à sa mort en 1815, à Paris.
Disséquée à sa mort, son squelette fut exposé jusqu’en 1974 au musée de l’homme à Paris; ce n’est finalement qu’en 2002 que ses restes seront rendus aux Khoïkhoï, la tribu sud africaine à laquelle appartenait cette triste Vénus, après un premier refus de la France pour des raisons plutôt obscures.
Ce film est émouvant, bouleversant, dérangeant, choquant, effrayant ...
Kechiche a décidé de ne pas épargner son spectateur, le forçant à avancer, pas à pas, jusqu'au bout de l'abjection ...
Ce que Kechiche a demandé à la jeune actrice Cubaine Yahima Torres va bien au-delà du travail ordinaire d'une actrice. Etre à la fois la marionnette que voient les foules et la femme qu'elle s'efforce de demeurer. Il faut de l'abandon et de la force, de l'instinct et de l'intelligence. Yahima Torres trouve tout ça ; si elle n'y était pas parvenue, Vénus noire aurait sans doute été un film insupportable à regarder.
Pourquoi alors ai-je envie de vous inciter à voir ce film ??
Parce-que la colère qui anime ce film terrible n'empêche pas la lucidité. Au delà de la femme bafouée, humiliée, avilie, asservie, Saartjie Baartman est l'Effigie, au sens littéral du terme, de la condition dans laquelle l'Occident a tenu la partie de l'humanité qu'il considérait inférieure.